
Les américains, qui adorent jouer avec les symboles, ont installé à « Time Square » à New York une machine à broyer les mauvais souvenirs. Les New-yorkais étaient invités à y jeter leurs mauvaises expériences de 2009. Cette catharsis est souvent l'occasion d'étudier les frustrations collectives ou individuelles des gens pour l'année achevée. La fournée 2009 ne fut pas particulièrement passionnante. Ce ne sont certainement pas les problèmes qui ont manqué, mais l'arrivée de Barak Obama a dû jouer le rôle de soupape d'évacuation des frustrations cumulées durant l'ère Bush. Cette année, les américains ont jeté aux orties de banales lettres d'amour, des factures non réglées, des photos de personnes haïes... Rien à voir avec 2008, qui était un excellent cru politique pour les mauvais souvenirs. Il faut dire que l'administration Bush a bien travaillé dans ce sens. Il était normal qu'elle fasse les frais de la vindicte populaire.
S'il nous était donné de disposer d'une machine similaire, qu'aurions-nous aimé oublier en 2010? Difficile de lister tous nos malheurs de 2009. Non qu'ils soient particulièrement nombreux, mais parce que nous disposons d'une formidable capacité à oublier... ou à pardonner. Certains diront que nous ne sommes tout simplement pas rancuniers. Nous oublions les promesses non tenues de nos politiques, les services publiques non rendus, les augmentations des tarifs non justifiées. Nous oublions l'état de nos routes après chaque précipitation et pardonnons les erreurs de diagnostics de nos médecins. Nous comprenons les aberrations de nos juges et les écarts de notre administration. C'est loin d'être une tare. Les psychologues affirment que l'oubli des souvenirs au fil du temps est une manière d'économiser notre mémoire pour d'autres activités. C'est aussi bon pour le moral, surtout quand les frustrations sont quotidiennes.
Publié dans les Echos quotidien le 5 janvier 2010
2 commentaires:
Merci d'avoir un blog interessant
Bonsoir,
"Nous pardonnons mais nous n'oublions pas", disent certains. "Nous oublions mais nous ne pardonnons pas", pensent d'autres. Au fait, oublier et pardonner sont étroitement liés aux personnes comme aux situations. On pardonne à X ses imperfections sans pouvoir oublier les erreurs de Y. Aussi, sommes-nous exigeants ou tolérants selon notre humeur.
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