dimanche 11 mars 2007

Les médias et le Mouvement



Et la presse dans tout cela?

Plus qu’un argument on devrait parler de phénomène médiatique. La remarque concernant les médias et la manière dont ils ont « traités » l’évènement peut être mis en parallèle avec tout ce qui a été dit sur le poids et la force de l’opinion publique au Maroc. Si l’on peut regretter l’absence d’une conscience politique publique, d’un intérêt pour la chose sociale, on ne peut que regretter que le rôle de la presse soit encore plus faible. Comment peut-il en être autrement ? Pour la conscience politique on peut avancer deux types d’arguments : l’analphabétisme et le manque de liberté. Il fut un temps où mes parents m’enseignaient de ne pas parler à l’école ou dans la rue de la politique. J’avais sept ans. Quand on demande à un enfant de sept ans de ne pas parler de "ces choses" c’est que le risque était grand pour les parents d’abord. Si jamais il m’arrivait d’exprimer une opinion en public elle ne serait évidemment que le reflet de ce que mes parents auraient dit autour d’une table. Le plus drôle dans l’histoire c’est qu’ils étaient des plus royalistes qu’on puisse imaginer. Dans le même contexte, on peut dire qu’entre ceux qui peuvent lire un journal, ceux qui en ont envie, ceux qui en ont les moyens matériel et intellectuels et puis ceux qui ont le courage de lire, il ne reste pas beaucoup de monde.

Il n’y a qu’à consulter les statistiques de l’OJD (Organisme de justification de la diffusion). La meilleure vente quotidienne est celle du journal Assabah (60595). Al Itihad al Ichtiraki, premier journal partisan ne vend que 14180, Al Bayane (2567) et Libération (4093) illustrent encore mieux la situation des journaux des partis. Il faut rappeler que l’inscription à l’OJD est libre et que certains journaux, conscient de leur ventes réelles, n’ont pas estimé utile de porter la débandade sur la place publique.

ASSABAH

60595

AL ITTIHAD AL ICHTIRAKI

14180

ASSAHIFA AL MAGHRIBIA

17249

LE JOURNAL HEBDOMADAIRE

16111

ATTAJDID

4615

LIBERATION

4093

AUJOURD'HUI LE MAROC

12271

AL WATAN AL AN (ex AL BIDAOUI)

12076

AL AYAM

25759

L'ECONOMISTE

15690

LA VIE ECO

14193

LE MATIN

22679

AL BAYANE

2567


Pour mesurer à sa juste valeur l’état de déchéance de notre presse nationale il suffit de comparer avec des pays dont la population globale ne dépasse pas le tiers des marocains ou des pays arabes ou africains de même population. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)





Titre

Population

Tirage

Le soir (Belgique)

4,2 millions de francophones

125 000

Ha'Aretz (Israel)

7 millions

80 000

An Nahar (Liban)

3,8 millions

55 000

Daily Nation (Kenya)

34 millions

220 000

Liberté (Algérie)

32.9 millions

80 000


Il y a tellement peu de lecteurs au Maroc qu’on devrait certainement les gâter. Encore faut-il disposer d’un professionnalisme journalistique certain. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Comment les journaux marocains ont-ils évoqué l’évènement ? Je dois tout d’abord préciser que ma source se limite au site des DF (http://doctorat-francais.ifrance.com/). C’est un site plus militant que purement informatif. Ce n’est pas une critique. C’est un choix qui se comprend. En effet, ne sont référencés dans le site que les articles "bienveillants" ou du moins neutres. Je ne sais pas réellement combien d’articles, qu’on pourrait qualifier d’ « anti DF » ont été rédigés, mais je sais qu’il existe au moins un article franchement contre le mouvement qui n’a pas été cité (un numéro de Nichane). Ce qui est certain c’est qu’il ne doit pas y en avoir beaucoup de ce genre. On en aurait entendu parler étant donné le nombre relativement important et l’activisme à toute épreuve de ceux qui n’avaient pas vraiment de la sympathie pour les titulaires du Doctorat français.

Je citerai ici quelques chiffres qui permettraient certainement de clarifier certaines choses. Notamment le positionnement politique dont j’ai parlé plus haut. Une analyse plus fine aurait demandé plus de temps et de moyens. Elle est possible et pourrait éventuellement porter sur le contenu des articles. Je me limite ici à une analyse quantitative. C’est peut-être un bon début pour aller plus loin.

316 articles sont cités dans le site des DF. 48 titres sont concernés. On voit dans le tableau ci-dessous que le traitement de l’information n’a pas été également réparti entre les titres. L'évènement a été plus présent dans certains titres que dans d'autres. Il importe de comprendre pourquoi.

Dans le schéma suivant nous n'avons retenu que les titre ayant parlé du mouvement plus de trois fois sur toute la période. Tous les autres ont été regroupé ensemble. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)

Il est remarquable qu’un seul titre ait publié autant que trente titres réunis. En effet, 14% des articles sont le fait de « Rissalat Al ouma ». Al Monataaf a publié 12% de l’ensemble des articles et « Al Massa » 8%. Nous avons ici le trio de tête : un journal de la droite, un autre de la gauche et un troisième Indépendant. L’équilibre n’est parfait qu’en apparence. En réalité, il serait plus juste de raisonner en terme de journaux des partis au gouvernement d’un côté et les autres de l’autre côté. Les trois journaux qui ont le plus suivi ce mouvement se situent en dehors des arcanes du gouvernement. Le quatrième est le journal des islamistes « Attajdid ». Nous sommes donc bien dans une configuration « majorité / Opposition ». L’opposition, de gauche ou de droite, est dans son rôle logique. Bien entendu, à travers cette analyse nous sommes conscients de faire un procès d’intention injuste en déniant à ces journaux toute motivation purement professionnelle. Comment trancher ? Il faut au moins reconnaître que ces journaux ont le mérite de ne pas avoir escamoté un évènement grave. Qu’ils l’aient fait pour des raisons politiques ou professionnelles, seule une analyse approfondie des contenus pourrait le confirmer.

Voyons justement quelle place occupe l’appartenance politique (toutes tendances confondues) dans le traitement de l’évènement :

54,75% des titres concernés sont des journaux ou hebdomadaires "indépendants". 45,25% sont donc des journaux partisans. C'est un chiffre acceptable. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)

Mais il mérite d'être affiné. Voyons la répartition des journaux partisans selon leur tendance:
(Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)







Les indépendants dépassent de loin toutes les autres tendances. Mais en réalité nous avons opéré un découpage "à l'occidental" qui ne correspond pas, encore une fois, à la réalité marocaine. Si nous mettons d'un côté la gauche et de l'autre la "non gauche" englobant aussi bien "la droite", "le centre" que "les islamistes", le schéma devient plus éloquent. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)


Les journaux de gauche ne représentent que 16% alors que "la droite", telle que nous venons de la définir, représente le double. C'est un comble pour un mouvement social, se passant dans les locaux d'un syndicat majoritairement de gauche. Je me suis acharné à arrondir et arranger les définitions pour pouvoir intégrer des réalités qui ne couvrent pas exactement le sens qu'ont certains mots en occident: vraie ou fausse droite? L'Istiqlal est de droite, du centre ou du centre droit? Les islamistes sont-ils de droite ou de gauche? Mais en réalité j'ai oublié l'unique certitude dont nous disposons actuellement: ce que nous désignons par partis de gauche n'est en fait qu'un abus du langage. Il n'y a au Maroc ni gauche ni droite. Il y a des partis au gouvernement et d'autres qui voudraient y être. Ce n'est pas la politique qui change ce sont seulement les personnes qui la font.
Bon admettons que cette désignation de gauche soit acceptable. Les partis qui couvrent cette "nébuleuse" n'ont pas eu le même traitement de cette information. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)

Encore une fois une règle semble se dégager : plus on est au gouvernement moins on parle de l'évènement. Le PPS et l'USFP, qui sont au gouvernement, ne représente que 10% pour le premier et 8% pour le deuxième (de ce que la presse de gauche a écrit et non de l'ensemble des publications)
Si on s'amusait à calculer le pourcentage des publications du PPS et de l'USFP par rapport à l'ensemble des aricles nous tombons dans des chiffres microscopiques (1,89% pour le PPS et 1,58% pour l'USFP). Nous sommes même en droit de nous demandez quel mystère réside derrière les 5 ou 6 articles publiés par ces deux organes. Ne rien écrire aurait été plus logique.
S'il n'y avait pas donc le FFd avec ses 71% d'articles (de l'ensemble des articles de gauche) jamais les journaux de gauche n'auraient représenté 32% des publications.
Voyons maintenant d'autres éléments non forcément politiques. D'abord le phénomène semble avoir intéressé beaucoup plus la presse arabophone que francophone.
(Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)

En effet, un peu moins de 80% des articles publiés, le sont en arabe.

La presse arabe est beaucoup plus intéressée par le politique et le social, alors que la presse en français est plus orientée "économie".
De même la périodicité semble aussi significative: 83,86% sont des quotidiens, 14,24% des hebdomadaires et seulement 0,63% des mensuels. (Cliquez sur le schéma pour l'agrandir)

De cette approche quantitative se dégage une confirmation sur le rôle de la presse partisane qui reste aux ordres des politiques, aussi bien pour ceux qui ont "boudé" l'évènement comme "Libération" "Al Itihad Al Ichtiraki" ou Al Bayane" que pour ceux qui l'ont accompagné de manière remarquablement efficace comme "Al Mounaataf ou surtout "Rissalat Al ouma".
Etre dans le gouvernement est la meilleure façon pour passer sous silence un évènement aussi grave et unique que des universitaires menant une grève de la faim.
Si les Df voulaient réussir leur communication, ils devaient certainement s'adresser à un QUOTIDIEN, ARABOPHONE, INDEPENDANT d'abord si non de DROITE, et EN DEHORS DU GOUVERNEMENT...


La suite: L'argument du moyen de lutte



Aucun commentaire: