4- L’argument politique
5- L'argument médiatique
Quatre-vingt-quatre jours de grève…
Il y a une publicité admirable d’une grande marque de montres où on voit des personnes en train d’attendre. L’aiguille des secondes, élégante et fine, parcourt le cadran avec une régularité mécanique et une voix « off » pose à la fin du spot cette question bénigne: quelle est la valeur d’une minute? On devine aisément le sens de cette publicité : une minute est bien plus que 60 secondes. Son véritable sens dépend des personnes qui la vivent et du moment où ils la vivent. Une minute est un court moment lorsqu’on est heureux. La même minute devient longue, infinie lorsqu’on souffre…
Que signifient quatre-vingt-quatre jours de grève de la faim ? Cela dépend.
Pour les grévistes c’est certainement des jours de bonheur d’abord, d’angoisse ensuite, d’espérance, de questionnement, de doute, puis d’espoir de nouveau, et d’incertitude, de panique, puis encore d’espoir, puis de déception, de désolation, et de soulagement enfin.
Pour les sitinois c’est presque le même parcours avec cette différence près : plus le temps passe plus ils se remettent en cause. Ont-ils raison d’attendre alors que leurs collègues et amis se tuent ? Leur demander d’arrêter est une trahison ou un devoir ?
Pour le gouvernement et plus particulièrement le ministère de l’enseignement supérieur, c’est presque un non événement. Avec beaucoup de mépris et de condescendance, avec beaucoup d’arrogance et de dédain pour les personnes et pour les profs, le ministre vaque à ses affaires qui sont certainement loin d’être petites. Et même si certains voudraient voir dans cette indifférence la préoccupation du ministre pour des affaires « plus sérieuses », il faudrait y voir la dimension réelle de l’estime dont le gouvernement d’un pays de presque 70% d’analphabètes tient ses élites agissantes et indisciplinées. Aucun professeur ne peut prétendre être sortie indemne de cette confrontation. Aucun professeur ne peut prétendre que notre gouvernement a une quelconque considération pour les personnes qui exercent ce métier.
Puis il y a les autres, ceux qui se sont mis à l’antipode des grévistes, sur l’autre bras de la balance; peut être pas tout à fait au milieu pour constituer un contre poids direct, mais du même côté que le gouvernement. Ils l’aidaient ainsi à faire pencher le poids de son côté sans être assis confortablement sur la même « assiette ». Leur humeur s’est trouvée conditionnée par celle des titulaires du Doctorat français. Plus les titulaires du Doctorat français sont malheureux, plus ils sont eux heureux.
Cette épopée, ou aventure selon les points de vue a bouleversé la donne dans le microcosme des universitaires marocaines. Rien qu’en tant qu’événement social, ce mouvement mérite d’être étudié.
C’est ce que je souhaiterais faire ici. Je ne suis pas un observateur impartial. Je suis moi-même titulaire d’un doctorat français et j’estime que l’Etat marocain m’a lésé et m’a injustement traité. J’ai exprimé ailleurs mes sentiments sans trop me soucier de leur « valeur scientifique » car je pense que mon vécu est une vérité. Un vécu discutable certainement quant à sa justesse mais nullement quant à sa véracité et sa sincérité. Je prétends quand même aborder le sujet ici d’un autre point de vue. Le plus objectivement possible. D’abord parce que les esprits se sont apaisés et que l’urgence où nous étions il y a encore quelques semaines n’est plus. Il y a quelques semaines nous avions en effet devant nous des collègues qui risquaient leur vie. Puis parce que la valeur des arguments pourrait être jugée sans grande difficulté si les bonnes intentions voulaient bien écouter et discuter.
J’ai beaucoup écouté et discuté. J’ai compris certains partis pris qui ne m’étaient pas favorables et j’ai accepté les idées qui se sont exprimées librement et honnêtement parfois avec justesse. J’ai donc essayé tout simplement d’analyser chaque argument avancé par les contradicteurs des titulaires du Doctorat français. Mon souci premier est de jeter une lumière de l’intérieur sur cet événement.
Premier point: l'argument scientifique.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire