lundi 19 février 2007

L'argument scientifique

3- L’argument administratif
4- L’argument politique
5- L'argument médiatique

L'argument scientifique

Le premier argument qui vient à l’esprit quand on évoque le problème des doctorats français, étant donné la particularité des personnes concernées, est de nature scientifique. On devrait dire en réalité « pseudo scientifique » car que veut dire « la valeur scientifique d’un diplôme » ? Rien de précis quand on sait à quel point les cas sont pluriels et divers. Les situations et les conditions de travail de chacun, jamais identiques, ne permettent de donner à ce mot « valeur » qu’un sens imprécis.
D’un point de vue purement légal selon la loi de 1975, pour devenir PES (professeur de l’Enseignement Supérieur) il faudrait soutenir devant un jury une thèse de Doctorat d’Etat ou être titulaire d’un Doctorat reconnu équivalent. Ceci permet au candidat d’intégrer l’enseignement à la faculté avec le titre de maître de conférences puis accéder automatiquement après quatre ans d’ancienneté au grade de PES.
Depuis 1997 la loi exige, pour être professeur, en plus du Doctorat (cette fois-ci les Doctorats reconnus équivalents et celui sur lequel on n’a pas encore statué c’est-à-dire le Doctorat Français sont mis sur le même pied d’égalité) il faut réussir un concours soit une sorte de soutenance devant une commission. Le professeur doit passer au bout de quelques années l’habilitation pour être déclaré « professeur habilité » et attendre qu’un concours soit proposé (selon la disponibilité des postes) pour postuler et prétendre au grade de PES.

On voit bien l’intérêt des revendications des titulaires du Doctorat français. Là où l’ancien système offrait une sorte de « voie royale » vers le grade PES, la même carrière nécessite avec la nouvelle loi un véritable « parcours du combattant ». Ceux qui y sont déjà pourraient avoir toutes les raisons de vouloir préserver un privilège d’autant plus important qu’il est moins partagé.
Certains donc affirment, devant l’insistance des titulaires du Doctorat français à vouloir intégrer ce statut, que ce dernier se mérite. Ce qui, rappelons le avait un autre sens avant 1997. Mais que veut dire au juste un statut qui se mérite ? Selon la loi de 1975 il suffisait d’être titulaire d’un Doctorat reconnu équivalent et exercer (on serait tenté de dire résister, tenir ou tout simplement vivre) pendant quatre ans pour qu’on puisse affirmer, sans l’ombre d’un doute, que le titre est « mérité ». Beaucoup de personnes, qui évoquent l’argument du mérite l’entendent d’un point de vue « scientifique ». Ceci suppose deux choses :
1- les titulaires de ce statut actuellement ont TOUS une valeur scientifique reconnue.
2- être titulaire d’un Doctorat Français n’est pas une garantie de valeur scientifique.

Voyons d’abord le premier point. Il est indéniable, et c’est facile pour un témoin interne qui a passé une quinzaine d’année dans ce milieu de l’affirmer, qu’une bonne majorité des PES marocains ont cette valeur. Si l’expression « une bonne majorité » se veut généreuse sans cesser d’être objective, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle est imprécise et qu’elle contient en elle la minorité exclue du « compliment ». Nous ne pouvons nous arrêter ici sur la valeur de la thèse elle-même ou du travail accompli pour l’avoir. Nous savons que dans la majorité citée plus haut il y a beaucoup d’ « anciens » professeurs. C’est-à-dire ceux qui ont présenté un travail parfois au bout d’une dizaine d’années, parce que la recherche a abouti. Nous pensons (les témoignages oraux dont nous disposons ne pourraient être « scientifiquement » avancés même si tout le monde universitaire le sait) que les conditions de travail et soutenance des thèses d’Etat sont beaucoup plus « relâchées » depuis que l’acquisition de ce diplôme est devenue un impératif administratif inscrit dans l’urgence sous la menace d’une porte (vers le paradis) qui va se fermer définitivement. Une date fatidique est avancée si bien qu’on ne peut que comprendre que la rigueur scientifique se relâche et s’évanouisse devant l’argument « humain ». C’est une dernière chance qu’il ne faut pas rater. Même quand on est capable de produire un travail de qualité, on ne peut que faire preuve de réalisme et avancer que la fin justifie les moyens. Quand quelqu’un court pour rattraper un train qui part, il est peu élégant de lui demander s’il a bien le bon ticket.
Ceci dit, le problème n’est pas dans la valeur du travail présenté, car il n’y a pas toujours une relation incontestable avec la valeur réelle du professeur. Le travail de thèse peut n’être qu’une formalité administrative. Le plus important est ce qui se passe après. Il est regrettable que le statut PES soit un sanctuaire où la question de l’évaluation n’est plus de mise. Le PES contrôle, décide sans qu’il soit questionné. Pourtant cela devrait être le cas avec beaucoup de sévérité car le titre est beaucoup plus une responsabilité et une obligation qu’un privilège. On pourrait penser par exemple qu’un PES perde son titre s’il ne satisfait pas à un certain nombre d’obligations scientifiques. Même si cette proposition pourrait paraître à certains collègues comme une « atteinte inacceptable à la souveraineté du professeur », phraséologie typique des personnes qui ne voudraient pas être dérangés dans leur tour d’ivoire, elle n’est en réalité qu’une illustration basique du principe du rendement et des objectifs à atteindre. Un PES devrait au bout d’une année présenter un rapport d’activité sur ce qu’il a réalisé. Dirige-t-il un laboratoire ? A-t-il mené une étude ? A-t-il participé à un colloque ? A-t-il publié un article ? Etc. Bien entendu ce rapport d’activité devrait être publié pour que la valeur du travail puisse être jugée par tous.
Nous sommes loin de ce schéma. Et si honnêtement beaucoup de PES s’investissent (bien souvent dans des tâches administratives que scientifiques) il existe malheureusement des PES qui se pavanent avec arrogance fort d’un titre qui les mets à l’abri de tout compte à rendre. Ce sont souvent les plus bruyants, les plus critiques et les plus jaloux de leurs prérogatives. Ce sont souvent ceux là qui sont les plus promptes à sortir l’argument de « valeur ».
La valeur scientifique tient donc plus à ce que le PES fait qu’ à ce qu’il a fait dans une thèse que probablement personne ne consulte plus.
En résumé, ce n’est pas parce qu’on est titulaire d’une thèse d’Etat qu’on a forcément une valeur « scientifique ».

Le deuxième point concerne les DF et leur valeur.
Comme le titre PES n’est pas une garantie de la valeur scientifique, le fait d’être titulaire d’un doctorat français ne signifie rien en soit dans l’absolu.
Tout au plus peut-on évoquer les conditions de travail et celles-ci ont plus ou moins d’importance en fonction de la discipline. Il est certain que les laboratoires, les centres de recherches, les bibliothèques en France ont beaucoup plus de moyens qu’au Maroc. Un étudiant ayant travaillé dans un labo français a indéniable bénéficier de meilleures conditions matérielles pour réaliser son travail.
Maintenant, il pourrait aussi ne pas tirer profit de cet avantage et faire un travail médiocre. C’est une probabilité réelle, mais il serait excessif de considérer tous les DF dans ce cas de figure. Un collègue, qui a fait ses études au Maroc m’a dit un jour, une fois qu’il a reconnu le bien fondé des bonnes conditions de travail en France, qu’au Maroc au moins les étudiants sont plus « serrés ». Le sens donné ici à « serrés » se veut, dans l’esprit du collègue, synonyme d’exigence et de rigueur. Bien entendu, ce collègue n’a jamais mis les pieds en France. Il se permet néanmoins de sous entendre qu’en France les études sont plus relâchées (à se demander d’ailleurs pourquoi avec tant de serrage l’enseignement marocain n’arrive pas à décoller). L’argument semble sans aucun fondement d’autant plus que « serrer » ne peut produire quoi que ce soit tant que l’outil est défaillant. C’est vrai que le collègue en question, étudiant à la faculté des lettres, peut encore se passer de tous ce dont ont besoins les différents laboratoires scientifiques.
Deuxième élément de taille dans le cas des DF réside dans la valeur des encadrants. Sans dénigrer nos professeurs marocains, on ne peut nier que numériquement et pourquoi pas qualitativement, ils n’égalent pas les professeurs d’un grand pays comme la France. Nous sommes bien entendu dans le cas d’une généralisation « abusive » qui, si elle n’exclut pas des exceptions, ne demeure pas moins vraie.
La recherche n’est pas tributaire de la bonne volonté ou d’une intelligence à l’état pure. Elle a aussi besoin de moyens. Si non les Etats-Unis, le Japon et l’Europe ne dépenseraient pas autant pour maintenir leur place dans le monde. La majorité des encadrants français (pour ne pas dire TOUS et risquer d’être taxé encore de généralisation abusive) ont une valeur scientifique reconnue. Ils ont souvent un « Nom », ont publié des recherches ou des livres et plusieurs sont des spécialistes internationalement reconnus. C’est qu’en France, les enseignants n’ont pas un problème de date limite pour déposer leur thèse ou terminer leur recherche.
Les conditions de travail et de contrôle de ce travail sont donc favorables pour la réussite de la recherche en France. Une fois encore nous ne parlons que des conditions de travail et de la production d’un travail scientifique et non de la valeur réelle des professeurs qui ne peut être jugée qu’une fois le professeur devient productif. Justement, d’un point de vue statistique, le nombre d’enseignants titulaires du Doctorat Français ayant soutenu le Doctorat Marocain (900 sur 1700) est beaucoup plus élevé que les titulaires du DES (8000). Sans que ces statistiques soient réellement significatives, elles reflètent une certaine réalité. Les DF ont bien une bonne formation. Il est évident, mais cela mérite d’être précisé quand même, que lorsqu’on dit que dit que les DF ont une bonne formation ceci ne signifie nullement que les autres formations et notamment les titulaire du DES soient moins bons.
En résumé, la valeur scientifique ne peut être attachée à un diplôme. Elle devrait être liée au rendement réel et au travail fourni. Ni les DF, ni leurs contradicteurs ne peuvent évoquer cet argument.

Mais il me semble que les DF n’ont jamais évoqué ce point sauf quand il s’agissait de répliquer à l’argument des détracteurs.




à suivre... "l'argument administratif"

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