Cela fait maintenant quarante jours que les Professeurs titulaires d’un Doctorat Français mènent une grève de la faim.
Premier jour… sceptique ; deuxième jour…dubitatif ;… quatrième jour…. défiant ; cinquième jour…méfiant ; …. Septième jour…. Quand même !
Première semaine…. nerveux ; …. troisième semaine …. perturbé ; quatrième semaine … Pas croyable !
Un mois et dix jours….triste record !

Les jours s’égrènent et ne se ressemblent pas. Les convictions se construisent.
Qu’est ce que j’ai vécu en quarante jours ? Beaucoup de choses. J’ai fêté deux anniversaires, j’ai payé plusieurs factures, je me suis rasé avec une régularité impeccable chaque matin (sauf le dimanche), j’ai eu des espoirs, puis des déceptions, puis encore de l’espoir. C’est long quarante jours.
Eux : un jour de plus. Puis un autre et encore un autre et un autre encore. Toujours allongés. L’estomac vide et la tête pleine. Demain peut être. Après demain. Dans une semaine ? Que de temps ! Combien de temps encore ?
Moi : 40 jours de colère, de sentiment d’impuissance. Mais eux, eux que pensent-ils ?
Ont-ils encore la force de lever la tête pour jeter un regard à celui qui va pousser la porte. C’est toujours la même personne. Ce n’est jamais La Personne. Ils sont là tel ce soldat du Désert des Tatares. Vont-ils venir les tatares ? Peu importe, ils les attendent de pied ferme même s’il reste une éventualité… Ils viendront. Ils viendront... En attendant, ils se laissent aller à un doux rêve. Il ne faut pas qu’ils réfléchissent beaucoup. Des images et des souvenirs sont à l’affût. C’est terrible les détails. Ça vous rappelle à la réalité. Mais comment fait-on pendant quarante jours pour lutter contre l’assaut de ces images difficilement soutenables ? Je me pose cette question puis je me dis : tu ne peux pas comprendre car tu n’as pas leur courage. C’est certainement ça qui enrage.
Les autres : vous nous mettez tous devant nos vérités, notre lâcheté, notre petite vie de petit bourgeois content de se parfumer le matin et de s’assurer que ses chaussures sont bien cirées pour se convaincre qu’il est important. On rajoute deux ou trois phrases bien tournées avec un accent affecté, on roule les yeux et on rigole fort pour montrer qu’on a de l’esprit. Avez-vous du courage ?
Au premier jour nous étions (nous les petits bourgeois) sceptiques. Nous avions des doutes, nous n’y croyions pas … puis vous avez tenu.
Nous commencions à nous poser des questions : c’est eux qui ne sont pas normaux ou est-ce nous ? Attendez, nous sommes entrain de nous découvrir. Cela nous fait peur de nous découvrir. Notre édifice se craquelle, se fissure. Au bout d’une semaine nous sommes nerveux. Nos repères se sont estampés. Nous sommes affolés.
Vu de loin : Des collègues n’ont pas mangé depuis quarante jours. Et on discute et on palabre et on se chicane. Ils ont raisons. Ils n’ont pas raison. Vous n’avez pas raison. Et la raison n’a pas raison et on s’affole.
Vu de près : ce sont des hommes et des femmes comme vous et moi. Le matin ils disputent leurs enfants pour qu’ils se dépêchent d’aller à l’école. « Tiens le petit a besoin de chaussures ce mois ». Ils se regardent dans la glace et se disent qu’ils ont changé pour ne pas dire qu’ils ont vieilli. Le petit a eu une bonne note, ils en sont fiers, il faudrait l’encourager. Qu’allons nous faire pour la fête de l’aîd ? On achète, on n’achète pas ? Mais ça ne va pas ! Et les enfants c’est important la fête. Oui c’est important. Il faudrait que tout le monde soit là… même le mouton. Oui une fête sans mouton n’est pas une vraie fête.
Vu de très près : ce sont des professeurs honnêtes qui ne veulent prendre rien à personne, qui veulent que personne ne leur prenne rien. Ils ne sont ni amers ni rancuniers. Ce sont des gens de grandes familles comme on dit. Vous serez étonnés si vous les connaissiez de près, de très près. Ils ne collent pas à nos stéréotypes. Beaucoup de personnes trouvent rassurant de calquer leur modèle sur les autres. Ça aide à comprendre sans faire d’efforts. « Ils ont besoins d’argent ». « Ils ne font ça que pour de l’argent ». Nous, nous avons besoin d’argent (et alors !) mais sommes-nous capables de jeûner quarante jours pour cela ? Y a-t-il une cause qui pourrait nous sortir de vos habitudes de petits bourgeois : « Qui fait ses petites affaires, … avec son p'tit manteau, avec sa p'tite auto, qu'aimerait bien avoir l'air mais qui n'a pas l'air du tout… » ? Difficile ! Je n’en suis pas capable. Je le dis en ramenant la chose à moi pas à eux. Si je n’en suis pas capable c’est parce que j’ai pris des habitudes « petit bourgeois ». Parce que cela m’arrangeait de me convaincre que plus aucune cause ne mérite de sacrifice. Je m’en veux, je m’analyse. Je ne leur en veux pas, je ne les analyse pas. Ils ne m’ont pas demandé mon avis. Ils ne veulent pas savoir pourquoi je ne suis pas avec eux. Ils ont l’élégance de transcender ces choses.
Mais comme moi, caché dans mon coin à écrire dans un blog qui ne sert probablement à rien, je mène ma petite « lutte » pour me soulager un peu ; eux sont dans leur coin à défier notre logique, à bousculer nos convictions. Je n’ai rien demandé. Ils n’ont rien demandé. Mais mine de rien ils ont changé des choses. Ils ont mis à découvert beaucoup de choses. Qui parmi nous regarde l’université de la même manière ? Qui regarde nos collègues comme avant ? Qui ne s’est pas fait une idée de notre gouvernement ? De nos espoirs ?
Vu de très très près : Ils ont gagné. Ils ont déjà vaincu les Tartares. Car les Tartares pensaient qu’ils déserteraient leur poste aux premières douleurs d’un estomac habitué à être gavé. Ils ont gagné parce que personne (ou alors très peu) ne pensait qu’il puisse y avoir des gens qui pousseraient leur sacrifice aussi loin. Une leçon de courage. Certains s’empressent de « corriger » : de folie. Certainement, assurément de folie, car cela sort du cadre de nos schémas « petit bourgeois ». C’est fou ce qu’ils ne nous ressemblent pas ! Ils sont plus courageux.
Pour cela, il faudrait qu’ils soient soutenus jusqu’au bout. Par respect, par admiration, par honnêteté, par humanité, par amour pour la vie.
Vous qui au fond de vous-même pensez que ces gens vous ont aidé à réaliser quelque chose (avoir un début de droit, ne pas être oublié, mais aussi comprendre beaucoup de choses) souvenez-vous que votre soutien est leur pain quotidien, leur miel, leur nourriture en ces jours difficiles mais qui rehaussent par leur difficulté leur valeur. Ne les affamons pas deux fois.
Quand ils comptent les jours qui passent et qu’ils appellent leur rêve doux, essayons d’être dedans.
1 commentaire:
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Mon francais n'est pas tres bon, je suis de l'Allemagne.
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