Ce n'est certainement pas par leur qualité que le film “innocence of muslim” et les caricatures de Charlie Hebdo ont réussi à défrayer la chronique ces derniers jours. Le succès d’une “oeuvre” peut provenir de sa valeur intrinsèque comme il peut découler de la réception opportune du public. C’est toute la différence entre des oeuvres, parfois mal reçues par leurs contemporains, mais qui restent dans l’histoire et des oeuvrettes qui rencontrent beaucoup de succès, mais dont l’éclat ne dépasse jamais le moment de leur production.
Entre temps, elles font parfois beaucoup de mal. Personne ne parle aujourd’hui de la valeur de ce film ni de la qualité de ces caricatures, sinon pour dire qu’ils ne méritent pas qu’on s’y arrête. Mais on s’y arrête cependant. On discute presque exclusivement de la réaction violente et démesurée de certains musulmans (on oublie souvent de préciser qu’il s’agit d’une minorité) et du droit des occidentaux à exprimer librement leurs opinions. Qu’est-ce qui pousse une personne qui s’est improvisée cinéaste sans talent, à s’attaquer aux croyances de toute une communauté? se demandent indignés les premiers. Pourquoi une réponse aussi violente, rétorquent scandalisés les autres. C’est dans cette dissension qu’on peut trouver un début d’explication à ce drame.Beaucoup de personnes dans le monde arabe condamnent les violences, mais ces prises de position courageuses ne sont pas suffisamment “médiatiques”. On n’en parle donc pas ou très peu.
La question n’est pas de savoir pourquoi l’Occident en veut à l’islam. Cette affirmation est d’ailleurs trop générale pour être vraie. L’occident n’est pas un tout homogène au point de rendre responsable chacun de ses citoyens du forfait que commettrait l’un d’eux. Une logique contre laquelle les musulmans s’insurgent souvent lorsqu’un attentat amène les occidentaux à stigmatiser l’islam.
Deux éléments culturels au moins expliquent ce malentendu entre l’Occident et l’Orient (si ces deux génériques peuvent encore avoir un sens). L’occident fonctionne sur le principe de l’autorité de la Loi et de la liberté individuelle alors que l’Orient accorde encore une place prépondérante aux traditions et convenances et fait passer la communauté avant l’individu.
L’Occident n’est pas tenu de partager les valeurs des autres cultures, on peut tout au plus lui demander de les respecter. Il le fait par principe, mais aucun texte de loi ne l’y oblige. C’est pourquoi beaucoup de personnes trouvent l’auteur du film et des caricatures des personnes odieuses mais libre de l’être tant que leur attitude ne contredit pas une loi explicite. Une majorité de musulmans offensés ne le comprennent pas. Pour eux la coutume et les usages suffisent à tracer une ligne de démarcation entre ce qui est “convenable” et ce qui ne l’est pas. On ne manque jamais de rappeler que l’occident n’accepte pas “la liberté d’expression” pour les questions liées à l’antisémitisme et au racisme par exemple. Pourquoi interdire le négationnisme et tolérer l’islamophobie? Si les deux sont condamnables parce qu’ils entraînent l’homme sur la voie de la bestialité, il faut remarquer que dans le premier cas il existe une loi et dans le deuxième pas encore. Rien de plus simple dans ces sociétés de droit que de promulguer une loi dans ce sens. Il faut convaincre la société et le législateur de son opportunité. Mais en attendant, ceux qui ont caricaturé le prophète sont probablement de “méchants calculateurs”, mais pas des “hors la loi”.
Les réactions violentes que nous avons vu dans certains pays arabes sont contre productives. Elles nourrissent les nouvelles provocations. Jamais Charlie Hebdo n’aurait trouvé un intérêt à publier ses caricatures si les musulmans s’étaient contentés de hausser les épaules et de sourire devant la bêtise du film.
Cette histoire montre que les extrémistes se soutiennent. Un détraqué en mal de célébrité produit une niaiserie et provoque des extrémistes prompts à réagir du moment que l’attaque vient de l’occident. Des mercantis se saisissent de l’affaire et renchérissent dans la provocation. L’affaire marche. Mais c’est tout l’occident qui est alors assimilé à ces provocateurs et tout l’islam qui s’incarne dans ces extrémistes. Cela permet à certains de faire de bonnes affaires et à des artistes sans talents d'occuper le devant de la scène.

