mercredi 14 septembre 2011

La bataille des noms

Octroyer un nom c'est donner vie à la chose nommée. C'est tellement vrai que la langue a jugé utile d'user d'euphémismes pour atténuer des réalités brutales.
On parlera ainsi de « personnes âgées » pour ne pas faire violence aux « vieux » ou de « pays en voie de développement » pour flatter des pays « sous développés ». Dans le monde des affaires, le succès d'une marque est souvent associé à son nom. Les plus malintentionnés des concurrents ne manquent d'ailleurs pas de chaparder le nom quand ils veulent le succès de la marque à moindre frais. Tout le monde se rappelle de la dispute entre Wana et Meditel quand le premier a eu l'ingénieuse idée de nommer un de ses produits « Wanajahiz ». L'affaire s'était conclue à l'amiable. Une autre bataille est toujours devant les tribunaux pour désigner le père légitime de la marque Luigi. L'actualité des dernières semaines nous a rappelé qu'il n'y a pas que le monde des affaires qui s'offusque quand on dérobe un nom. Ainsi les jeux de la solidarité islamique, prévus en avril 2010 en Iran, ont été annulés en raison d'un désaccord sur le véritable nom du golfe qui séparent l'Iran et l'Arabie. Alors que du côté iranien on l'appelle « Golfe persique », il est estampillé « Golfe arabique » sur toutes les cartes arabes. L'Arabie Saoudite a refusé que les médailles, que ses athlètes risquent de remporter, portent la mention « Golfe Persique ». Bel exemple de solidarité! Pas loin de là, un autre différent linguistique oppose les musulmans et les catholiques de la Malaisie. Bien que Dieu possède une multitude de noms, les musulmans de la Malaisie refusent d'en partager un, certainement le plus important, avec leurs concitoyens chrétiens. A première vue, les musulmans auraient toutes les raisons de se réjouir de voir le nom d'Allah cité jusqu'au sein des églises. Mais il faut croire que quand on aime on ne partage pas! [Chronique publiée dans les échos quotidien le 26 janvier 2010]

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