
Le calvaire du rendez-vous pour un visa!
« Bienvenue au service de réservation du consulat de France à Casablanca. Veuillez patienter. Votre appel sera pris en charge rapidement... ». Un silence de quelques secondes, puis une voix vous traduit le message en arabe. Puis encore la version française... suivi de l'arabe.... Les minutes s'égrainent et au bout de six minutes d'attente, je me décide à raccrocher. Je n'avais pas perdu 6 ridicules minutes de mon temps mais également 60 précieux dirhams qui sont tombés dans la caisse d'un Centre d'appels. En y réfléchissant un peu, un remord s'est saisi de moi. Peut-être avais-je fait preuve d'impatience. J'avais peut-être raccroché trop vite. Qui sait ? Peut-être que le Centre d'appels avait mis la barre de sa rentabilité au delà des six minutes. Peut-être que la morale leur impose de ne pas dépasser ce seuil indécent. J'attends par précaution 5 mn et je recompose le 4949. Sept minutes plus tard on me répond. Sept minutes, c'est long dans la vie d'un citoyen qui doit absolument prendre un visa pour se rendre à une manifestation scientifique dans le pays de Descartes. L'opératrice me remercie d'avoir patienté. J'ai comme l'impression que c'est le même remerciement que m'adresserait un marchand quand il sait qu'il a fait une bonne affaire avec moi. A moins que ce ne soit comptabilisé aussi dans les précieuses secondes à soutirer aux clients que nous sommes. Elle ne semblait d'ailleurs pas trop pressée. Elle commence par me demander si c'était bien pour le visa que j'appelais. C'était bien entendu l'unique service inscrit à ce numéro, mais ne sait-on jamais ? Peut-être que quelques citoyens distraits s'amuseraient à perturber la machine en appelant à 10 dh /mn pour passer le temps. La voilà maintenant assurée que je suis le bon client. Sept minutes sont déjà passées. Elle me demande une autre information primordiale. Est-ce que j'habite bien Casablanca ? Oui. Je comprends sa question, puisque le 4949 ne peut être appelé que d'un portable. Ils ont eut certainement pitié des entreprises qui allaient forcément payer la note si les gens pouvaient appeler d'un fixe. J'aurais aimé qu'ils aient la même bienveillance pour tout le monde. L'opératrice me fournit alors l'information qui m'intéresse au premier chef. Plus de rendez-vous pour le mois de mai. Je me demande comment ils ont réussi à épuiser le stock des rendez-vous étant donné que j'appelle depuis quatre jours et à chaque fois on me répond que le système n'est pas encore opérationnel. Il est heureux que le 4949 à 10 dh/mn, lui, ne tombe jamais en panne ! J'ai ravalé ma colère et je me suis montré le plus docile possible devant cette nouvelle machine infernale. C'est ok pour juin. Une fois que l'opératrice s'était assurée que j'appelais pour le visa, que j'habitais Casablanca et qu'en plus j'étais disposé à prendre le rendez-vous pour un mois plus tard, elle me dit de rappeler dans 3 heures parce que le système est bloqué. Quand je lui ai demandé des assurances que dans trois heures le système serait opérationnel, elle a trouvé ma demande saugrenue. Personne ne peut assurer cela. Pourquoi alors ne pas être honnête et débrancher le téléphone pour que les citoyens comprennent « gratuitement » que le système ne marche pas au lieu de payer cette information 150 dhs ? Avant qu'elle ne me réponde, j'avais compris l'absurdité de ma question. Le sens même de cette absurdité vient justement des 150 dh par appel. Personne n'est assez stupide pour se priver d'une telle manne. La dame me dit, quand j'ai commencé à crier mes arguments, qu'elle se chargerait de transmettre mes doléances aux responsables. Je me suis calmé parce que j'avais compris qu'aucun responsable n'est suffisamment « moral » pour comprendre un argument aussi anti-commercial. Le consulat avait communiqué sur le nouveau système et l'avait présenté comme une solution au piratage que subissait la réservation par internet. Il parait qu'il y avait une mafia qui exploitait le filon. Au moins aujourd'hui nous pouvons mettre un nom sur cette nouvelle mafia. … Je vais aller tenter encore ma chance … peut-être que la chance me sourira... peu importe le prix !