dimanche 7 janvier 2007

David et Goliath


70 jours
de grève de la faim


David et Goliath


Amis grévistes, on me dit que je suis complice.

Peut-être ! Je réplique souvent que vous êtes des professeurs conscients et adultes et qu’en termes de responsabilité nous sommes tous sur le même bateau, ceux qui font grève et ceux qui ne la font pas, ceux qui soutiennent et ceux qui ne veulent pas, ceux qui font semblant et ceux qui traînent le pas.

Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? Pourquoi palabrer sur l’outil, le moment de la grève et sa valeur? Y a-t-il injustice ou pas ?

Si OUI, tout n’est que foutaise. Si NON, vous devez relire votre conscience car certainement vous confondez justice et "raison".

Quant à mes amis grévistes et aux autres je dis Merci.

Merci de m’avoir ouvert les yeux. Merci d’avoir dépeuplé mon monde de tant d’ombres et de m’avoir montré le chemin tortueux où brillent encore quelques luminaires. Merci de m’avoir laissé seul... ou presque, d’avoir guidé mes pas, de m’avoir fait renaître.

Merci de m’avoir enseigné des vérités oubliées : qu’il y a de l’injustice et la justice seulement peut-être. Qu’on peut compter sur la solidarité mais que la trahison règne en maître. Que les amis, les collègues, les ennemis vont parfois ensemble. Et que souvent la haine est la règle. Merci de m’avoir fait découvrir la lâcheté des proches.

Merci de m’avoir éclairé sur le nombre de jours de jeûne nécessaires pour devenir un "mort-vivant". De m’avoir démontré que le mot « vivant » est encore de trop pour nos dirigeants.
Que nos responsables sont agacés de vous voir toujours agonisant. Ils voudraient en finir et ne comprennent pas que vous résistiez encore et encore et encore et encore…

"Mourez bon dieu, mourez … âmes et corps. Tant de jours et vous n’êtes que mourants !"

Ils montrent leurs crocs et leur bave coule d’envie et de joie, de plaisir de s’offrir enfin une mort , bientôt... demain... peut-être. Une mort sur la conscience ? Non, ils n’en ont pas. Mais ils n’ont plus la patience d'attendre ce moment là.

"Mourez ! vite, mourez de grâce !"

Et autour d’eux, dans cette arène où on a du mal à achever les Hommes, des bêtes en spectateurs applaudissent, des vampires encouragent et crient à tue-tête

"… qu’on les achève… ils ont trop duré. Leur défi, leur insolence, leur entêtement nous bravent."

Le pousse pointé vers le bas et leur bouche distillant du fiel et de la bile amère : "on veut des morts… on veut des morts."

Punis pour avoir osé demander un droit. Depuis quand au royaume des merveilles réclame-t-on ce que l’on octroie ?

"C’est un jeu dangereux, vous savez ! Ils risquent de semer la zizanie et entrainer dans leur sillage tous les autres damnés. Qu’on en finisse ! à mort ! Nous avons d’autres projets en route. Le Maroc avance! Il avancera plus vite s’il se déleste de la fierté de certains, de leur honneur hautin. Vous êtes déjà trop bien car un professeur, surtout indocile, quand il n’est pas ministre est inutile."

"Mourez ! au diable !"

Ils n’ont que ce qu’ils méritent. Quelle idée de réclamer justice! D’où puisent-ils tant de force ? Quelques amis, quelques âmes charitables, quelques honnêtes professeurs et quelques étudiants sensibles, est-ce bien suffisant ? Que pèsent-ils devant tant de haine, de machines à broyer les volontés les plus irascibles ?

Le courage et l'honneur, la justice et le droit sont leur unique choix... mais vous ne pouvez pas comprendre.

Des collègues détournent le regard. Ils n’aiment pas voir la mort en face. D’autres applaudissent, et d’autres réfléchissent enfin. Comment sauver ces damnés ? Il faut être stratège, il faut composer, négocier, être courtois, obséquieux, rampant, vile, soumis, implorant et servile parfois.

Le courage et l'honneur, la justice et le droit sont leur unique choix... mais vous ne pouvez pas pcomprendre.

"Vous rêvez! Nous sommes au pays des merveilles.

Mourez vite ! nous avons besoin de donner des leçons aux autres.

Nous sommes Goliath et vous n’êtes que David. Nous avons tant de vassaux et vous êtes seuls. Pourquoi refusez-vous de mourir ? D’où puisez-vous cette force ? Tant d’ennemis et si peu d’amis! une équivalence est-elle possible ?"

C'est peut-être Goliath le plus fort... mais c'est quand même David le vainqueur!

"Mourez, mourez bon dieu et qu’on en finisse."